Inauguration de l'église Saint Vincent
Le samedi 29 novembre 2025 à 10h, les Challésiens se sont retrouvés pour inaugurer les travaux réalisés à l'église Saint Vincent.
Les travaux, qui ont eu lieu de septembre à mi-octobre, ont mobilisé différentes entreprises autour de plusieurs points :
- Les façades : reprise partielle des façades aux endroits où il y avait des fissures, des trous...
- La toiture : reprise partielle de la toiture dans les zones où elle était abîmée, ce qui engendrait des infiltrations d'eau et des dégradations dans le bâtiment
- Peintures intérieures : les peintures des murs et des colonnes étaient abîmées par endroit. Les murs ont été nettoyés, réparés et repeints. Le prestataire a porté une attention particulière au choix des coloris, car, tout n'étant pas repeint, il ne fallait pas de différence de teinte entre les parties rénovées et les parties existantes encore en très bon état.
- Menuiseries : les portes en bois ont également été repeintes.
Le montant des travaux a été entièrement pris en charge par la commune.
Un peu d'histoire - Un grand merci à Monsieur Daniel BERNARD pour les recherches historiques
L'église Saint Vincent
Voici brièvement l’histoire de l'église Saint Vincent qui fêtera ses deux cents lors de la prochaine décennie.
A la veille de la révolution, il existe une église à côté du château de Triviers petite et en très mauvais état. C’était à l’origine une chapelle seigneuriale agrandie pour en faire l’église paroissiale. Pour se substituer à ce bâtiment délabré, en 1820 une grange dans le Grand Barberaz est transformée en chapelle : sa vie est de courte durée, l’incendie provoqué par un vagabond la détruisant dès 1831.
La décision est prise par la municipalité d’édifier un nouveau bâtiment plus proche du centre du Triviers de l’époque. Il faut cependant attendre juillet 1835 pour que le financement et le terrain soient trouvés : la nouvelle église avec son cimetière attenant sont construits un peu en extérieur du nouveau bourg du Grand Barberaz, mais beaucoup plus proche que l’église délabrée située à Triviers. Les travaux de construction durent de mars 1836 à juin 1837, une partie des pierres en soubassement proviennent de l’ancienne église. Le montant des travaux est estimé à 23.000 livres, la facture finale s’élèvera à 29.000 livres.
L’église est construite dans le style dit néo-classique, son plan est en forme de croix grecque, les deux bras égaux, ce qui est rare en Savoie. Elle est consacrée par Mgr Martinet en avril 1838 et la paroisse prend le nom qu’elle conservera jusqu’en 1872 « du Grand Barberaz ».
En 1860 la Savoie quitte le Royaume de Piémont-Sardaigne pour être rattachée à la France. Puis en 1872 c’est la commune de Triviers qui, devenant une station thermale suite à la découverte en 1841 d’une source d’eau sulfurée par le Dr Domenget, prend le nom de Challes Les Eaux.
L’église connaîtra peu de changement durant le siècle suivant, seuls quelques aménagements intérieurs ont eu lieu.
Les autels dans les transepts dédiés à N.D. du Rosaire et à St Joseph sont installés en 1843 et 1844, les vitraux mis en place en 1865. Une petite révolution en 1925 avec l’installation d’une prise électrique qui je cite : « a coûté fort cher (350fr), permettant à deux lampes d’éclairer le maître autel à giorno pour les messes célébrées à une heure matinale où le jour est insuffisant encore. Une seule suffira si l’on veut faire des économies. » En 1926, une statue de Ste Thérèse de Lisieux est offerte par Mme Buet pour la somme de 400fr.
Le bâtiment conserve son aspect extérieur jusqu’en 1931 où le Révérend Bellemin-Noël obtient un agrandissement de la sacristie avec en prolongement une chapelle dédiée à Ste Thérèse, plus facile à chauffer en hiver.
En 1947 le curé Ernest Lansard entreprend de gros travaux de modernisation de l’intérieur (électricité, chauffage, peintures) qui durent deux ans. Le chœur devient à peu près ce qu’il est aujourd’hui. Les vieux tableaux disparaissent, dont celui de St Vincent dans le chœur, laissant place à une peinture murale « le couronnement de la Vierge ». La chaire accolée au mur à l’angle du chœur et du transept sud disparait, ainsi que d’autres statues, tableaux et luminaires en verroterie. Les boiseries du chœur sont aussi déposées. Le maître autel est remplacé par l’actuel retable en bois doré du XVIIIe siècle originaire de Maurienne et par l’autel tabulaire en pierre rose d’Hauteville.
En 1958 le Révérend Noël Sulpice fait construire au fond de l’église une tribune de 60 places avec pour accès un escalier hélicoïdal.
Dans les années 1960, suite aux décisions prises lors du concile Vatican II, le sol du chœur est légèrement modifié, le maître autel est descendu de deux marches pour la messe célébrée désormais face à l’assemblée. La table de communion qui séparait le chœur de la nef disparaît à son tour.
La dernière réhabilitation importante de l’intérieur de l’église : électricité, sonorisation, peinture, chauffage, s’est effectuée dans les années 1992-1993.
Le tableau de St Vincent retrouve sa place dans l’église dans le transept nord pour la Nuit des églises en juin 2015, mais sans son grand cadre d’origine trop détérioré.
La fresque du chœur
Cette peinture est l’œuvre de l’artiste polonais Jacek Stryjenski né en 1922 à Cracovie et décédé en mars 1961 à Genève. Il a fait ses études artistiques à Varsovie, Zurich et Genève. Il a réalisé des fresques d'églises en Suisse et en Frabce, ainsi que des peintures et mosaïques murales dans différents lieux genevois. Il a également conçu de nombreuses marionnettes et des décors pour le Théâtre de Marionnettes de Genève.
Cette peinture du chœur représente le couronnement de la Vierge dont la fête est célébrée le 22 août. Celle-ci agenouillée sur des nuages reçoit une couronne des mains de son Fils entouré d’anges musiciens, dont deux sont assis judicieusement sur des pilastres supportant les arcs aujourd’hui disparus. Cette peinture développée en vertical par sa forme triangulaire, traversant la corniche, réduisant les deux derniers arcs, force notre regard à s’élever vers le ciel, et nous fait évoluer de l’horizontal à la verticale. Le Christ, peint sous les traits d’un homme jeune, évoque la vie éternelle, tandis que sa mère agenouillée, baisse la tête et croise les bras sur la poitrine en signe d’humilité et d’obéissance devant son Fils. Les douze apôtres forment le soubassement, abrités sous des arbres portant des fruits, symbole de vie.
Nous n’en savons hélas pas plus sur cette œuvre. Le fils du peintre que nous avons rencontré n’a rien pu nous dire de plus, il ne connaissait pas cette peinture.
Le tableau Saint Vincent
Saint Vincent de Saragosse, diacre martyr, est né en Espagne au temps de l'évêque Valère, dans la deuxième moitié du 3ème siècle. Il expire en 304 après avoir été horriblement torturé lors des persécutions sous Dioclétien. Il devient le premier martyr espagnol. Les écrits le concernant l’ont été très tôt, dès le milieu du IVème siècle et son culte s'est étendu rapidement à la totalité de l'empire romain.
La consécration de l’église de Triviers à St Vincent de Saragosse en 1670 peut venir de la vénération portée à ce saint au Moyen-âge ou du fait qu’il est le patron des vignerons, la commune de Triviers possédant à l’époque un important vignoble sur son territoire.
Ce tableau représentant St Vincent était autrefois dans le chœur au-dessus du maître autel. Il est représenté ici en habit de diacre du XIXème siècle portant l'évangéliaire. La palme à ses pieds indique le martyr.
L’église paroissiale étant dédiée à ce saint, il apparaissait comme indispensable, lors de la construction du nouveau bâtiment en 1836/1837, d’avoir une œuvre le représentant. Le choix s’est porté sur un grand tableau à placer au-dessus du maître-autel.
Si à ce jour il n’a pas été possible de retrouver des informations sur son auteur dont nous avons la signature M. CLERC, plusieurs écrits du Père CHAPELLE, curé de la paroisse de 1842 à 1856, nous renseignent sur l’origine des fonds ayant servis à sa réalisation :
« Madame Rose Gaillard veuve Gex décédée à Triviers le 6 mai 1848 a manifesté quelques jours avant sa mort le désir de donner à l'église une centaine de livres pour commencer l'acquisition du tableau de Saint Vincent. Informé de ce souhait, son fils, M. Gex, ne s'est pas contenté d'exécuter les dernières volontés de sa vertueuse mère, mais il a encore ajouté 100 autres livres, lesquelles 200 livres ont suffi pour payer M. Clerc qui s'est réellement distingué dans la confection du tableau qui fait le principal ornement de l'église de Triviers.»
Il nous précise encore :
« Pour la confection d'un châssis et l'achat de la toile préparée à l'huile pour peindre le Saint Patron : 40 livres. Pour la confection et placement du grand et magnifique cadre qui renferme Saint Vincent patron de la paroisse : 140 livres. L’ensemble prélevé sur un don de 400 livres du comte PILLET-WILL, gouverneur de la Banque de France, généreux donateur pour les églises en Savoie. »
Et d’ajouter dans un dernier texte : « Le 22 janvier 1854, jour de la fête patronale de Triviers, fut un beau jour pour toute la paroisse, l’inauguration solennelle du tableau de St Vincent, se fit par Mr le Curé de Myans l’Abbé Dominique PAQUET spécialement délégué pour cet effet par Mgr Billet Archevêque de Chambéry.»
Anciennes photos de l'église :
Légende des photos
1 - L’église vers 1900, façades ouest et sud : Hormis l’aménagement du parvis, pas de changement notable par rapport aux façades d’aujourd’hui.
2 - L’église vers 1900, façade ouest : A gauche de l’église on aperçoit quelques pierres tombales dépasser du mur d’enceinte du cimetière. Ce cimetière sera déplacé progressivement à partir de 1924.
3 - L’église façade est : Avant l’extension de 1931, une petite sacristie sans porte extérieure
4 - L’église façade est : Après l’extension de la sacristie et la construction de la chapelle en 1931
5 - Le chœur avant la rénovation de 1947/48 : L’ancien chœur avec le tableau de St Vincent au-dessus du maître-autel, les stalles en bois et la chaire. Le volet soulevé au milieu de la photo à gauche était une bouche de chauffage. La corniche derrière le tableau sera supprimée à cet endroit en 1948 pour permettre la réalisation de la peinture murale.